On nous avait dit, Yellowstone, vous allez adorer mais à cette période, il y a beaucoup de monde. Et bien Yellowstone, on a adoré, mais à cette période, il y a beaucoup de monde ! En effet, le premier parc national créé au monde (1872) est connu de tous, c’est pourquoi les touristes du monde entier et particulièrement les asiatiques visitent Yellowstone, 3 millions de visiteurs par an, 80% entre fin juin et fin Août !

Par chance, ici encore le visiteur ne dispose en moyenne que d’un ou deux jours pour parcourir le parc dans son programme global de voyage. C’est donc sur les sites les plus connus et les plus accessibles que se concentrent 95% des visiteurs. Nous sommes donc conscients du privilège qui est le nôtre de pouvoir consacrer 8 jours à la visite du parc. Un luxe qui nous a permis, une fois visités, de nous écarter des sites surpeuplés et d’accéder à d’autres, plus intimistes, plus intenses, où la force de la nature se fait sentir, où la faune se montre généreuse, préservée, belle et accueillante et vous laisse à penser que vous êtes les premiers à fouler ces immenses plaines, toucher du doigt ces beaux sommets et remonter ces puissantes rivières.

Il a fallu quand même revoir notre stratégie habituelle pour trouver où poser notre maison. Notre stratégie habituelle ? C’est simple, on a le temps, on ne se stresse pas et on ne réserve rien, on trouvera bien un endroit où poser le camping-car. Et bien à Yellowstone début juillet, ça ne marche pas ! Après une première nuit passée sur un parking interdit au camping (nous ne serons pas dérangés) et la journée du lendemain à alterner entre visite des geysers et des campings complets, nous avons été obligé de quitter le parc pour passer la nuit dans la jolie petite ville de Gardiner, sur le parking de l’école car là aussi les campings étaient « Full » ! Par chance, la majorité des campings du parc ne peuvent être réservés ; ils sont en mode premier arrivé, premier servi. Ainsi, la nouvelle stratégie reste simple, réveil à 5h le lendemain matin, 1h30 de route qui nous sépare du camping situé au centre du parc, 30 minutes d’attente que la route en travaux ouvre à la circulation et à 7h30 nous sommes dans la file d’attente. Nous y faisons la rencontre d’Antony qui arrive de San Francisco. Il est heureux de pratiquer son Français qu’il tient de sa maman française venue s’installer aux USA dans les années 80. De notre côté, afin d’améliorer notre anglais, nous lui proposons une conversation français pour lui, anglais pour nous ! Antony est ingénieur du son pour la compagnie de Georges Lucas à Hollywood, il a 2 jours avec ses amis pour visiter le parc. Les emplacements se libèrent peu à peu et quand vient notre tour, le Ranger en charge de l’attribution des emplacements nous indique qu’un seul site capable d’accueillir de grands véhicules est prévu d’être libéré aujourd’hui alors que nous sommes deux à patienter sagement depuis plus de 2 heures avec un grand camping-car … Nous sommes arrivés 3 minutes avant l’autre VR (véridique !) donc les premiers, l’emplacement sera pour nous ! Il est 11h, nous installons notre campement pour les 7 jours qui viennent : Yellowstone, nous voilà !

Ce magnifique parc nous a offert, chaque jour, de belles rencontres avec la faune sauvage, de magnifiques et immenses espaces préservés et bien sûr les superbes et surréalistes couleurs créées par de nombreux phénomènes géothermiques. Il y a les plus beaux, les plus spectaculaires, les plus connus (Old Faithfull, Grand Prismatic …) qui sont dotés d’infrastructures directement accessibles depuis la route permettant d’accueillir les flots incessants de visiteurs. Leur beauté est telle que nous avons pris énormément de plaisir à nous glisser dans la foule pour s’en approcher et s’en émerveiller.

Et puis il y a les autres, plus modestes, plus petits, moins hauts en couleur, mais qui ont l’énorme avantage de ne pas être répertoriés sur les guides et être simplement là, au détour d’un chemin de randonnée, sans personne autour, juste pour nous ! Ceux-là se laissent approcher, sans panneaux d’interdiction ni barrières, simplement en faisant appel au bon sens et à la prudence du randonneur qui n’a pas vraiment envie de plonger dans une piscine à 95°c ! Ces mini volcans, nous ont offert des moments rares, où, tels des aventuriers nous nous sommes approchés, prudemment et avec méfiance, pour sentir les odeurs de souffre et d’œuf pourri, toucher cette eau ou cette boue chaude, tiède ou bien bouillante et au final sentir toute la puissance de la matière en fusion juste sous nos pieds…

Bien sûr nous nous souviendrons des geysers mais nos rencontres avec la faune ont été bien plus chargées d’émotions. Se retrouver seul en vélo face à face avec un coyote a été une expérience inoubliable. Laura ne savait pas s’il fallait être contente de voir de si près « son animal préféré » où s’il fallait remonter sur le vélo pour s’enfuir à toute allure « c’est bon papa, on peut y aller maintenant … ». Yellowstone marquera notre première rencontre avec les ours noirs, forcément impressionnant, fascinant, exaltant ! Depuis le parc de Bighorn Canyon où nous en avions fait l’acquisition, et Grand Téton où nous avions suivi une petite formation quant à son utilisation, nous avons sur nous un spray poivré sensé repousser une attaque d’ours. Alors forcément, avoir l’intéressé à proximité de soi nous interroge sur l’efficacité de notre aérosol à 50$… comme toute solution de dernier recours, il est préférable de ne pas en arriver là et d’appliquer la règle de base, faire du bruit pour avertir l’ours de notre présence et ainsi ne pas l’effrayer. C’est ce que nous faisons régulièrement sur les chemins avec le classique « heeyyyy bear ! » ou notre version française « Aaaalbert ! ». Mais nous avons un avertisseur bien plus efficace, nos deux filles qui ne cessent de jouer, de parler ou de crier tout au long des randonnées !

Et que dire de notre ballade dans Lamar Valley ? Nous avons cheminé seul au monde dans cette magnifique vallée pour au final s’offrir une pause-déjeuner au beau milieu d’un troupeau de bisons  et de proghorn ! Moment magique et impressionnant où ces colosses nous ont surveillé durant notre approche et validé la distance que nous avons su garder avec le troupeau pour au final accepter, sous surveillance des mâles, notre présence sur leurs terres le temps du repas.

Mais de tous les animaux, le plus heureux de notre présence fut le moustique ! Le canyon de Yellowstone est vraiment beau et se mérite au prix de quelques prises de sang ! Heureusement ce fut la seule journée et les rafales à 100km/h au sommet du mont Washburn ont au moins eu le mérite de nous épargner ces désagréments.

Nous quittons Yellowstone heureux, cette semaine fut extraordinaire, il y eu même une journée de pluie pour se reposer, s’occuper de l’intendance et rattraper un peu de temps d’école qui a été quelque peu écourté durant ces belles journées …

Yellowstone m’a également apporté une des clés de la compréhension de l’histoire de l’Ouest américain, ce parc permet en effet de s’apercevoir que la culture et l’histoire indienne est encore bien présente aujourd’hui. Tout ici rappelle que nous sommes en terre indienne,  nom des rivières, des montagnes, des vallées. De ces paysages magnifiques, c’est finalement l’histoire des peuples indiens qui ressort, comme si celle des colons, des cow-boy était trop jeune, trop récente pour avoir occulté la grandeur de ces territoires sacrés…

Nous reprenons la route avec la banane, nous gardons le cap au nord et quittons l’état du Wyoming pour celui du Montana avec comme objectif, Glacier National Park…